Nous avons longuement abordé l’imagerie motrice dans nos précédents articles : nous vous en avons présenté les grands principes, puis les règles à respecter pour construire une bonne image mentale, ainsi que son utilisation pour améliorer la performance sportive. Aujourd’hui je vous propose de découvrir un nouveau domaine d’application: la récupération fonctionnelle.

Les effets thérapeutiques de l’imagerie motrice

L’imagerie motrice ne permet pas seulement d’améliorer ses performances, elle s’utilise également lors de la récupération d’une blessure. 

Une blessure est une lésion des tissus vivants par un choc, un coup, une arme ou la chaleur. La blessure entraîne une incapacité limitant les mouvements, et a par ailleurs un impact émotionnel important (notamment sur le sportif). Le délai de récupération d’une blessure varie et l’imagerie motrice peut justement être bénéfique pour réduire cette durée.

Pourquoi l’imagerie motrice a-t-elle un effet sur la récupération fonctionnelle ?

L’imagerie motrice possède plusieurs avantages. Tout d’abord, l’apprentissage des techniques d’imageries motrices est simple et rapide. Il suffit de disposer de quelques dizaines de minutes pour créer une image utile pour la récupération fonctionnelle.

Ensuite, le travail d’imagerie peut se pratiquer seul (ou avec un thérapeute), ce qui le rend individualisable. Les blessures étant toutes différentes, cela permet de travailler exactement sur la zone blessée. Par exemple, pour une blessure au coude, la personne blessée pourra imaginer réaliser des flexions de son coudre alors que son bras est toujours dans le plâtre. Pour cela, il suffit qu’elle se relaxe et qu’elle se représente le plus fidèlement possible son mouvement. Pour un torticolis, le blessé peut s’imaginer en train de réaliser des rotations de tête ou des mouvements avant-arrière. La personne possède grâce à l’imagerie mentale les moyens de travailler sa récupération de façon autonomeen complément et avec le support du travail médical nécessaire bien-entendu. Une fois que l’image est créée de manière suffisamment précise, il s’agit de répéter régulièrement (exemple : une à deux fois par jour pendant 5 à 10 minutes) les exercices de visualisation pour travailler sa récupération fonctionnelle.

Enfin, cette méthode est peu coûteuse car elle n’utilise aucune machine pour être pratiquée.

La pertinence de l’utilisation de l’imagerie motrice dans la récupération fonctionnelle est liée à trois effets :

  • L’effet psychologique : lié à la personne, lié à la douleur, lié à la guérison
  • L’effet physiologique : sur la force et l’amplitude musculaire, la récupération de la motricité fonctionnelle et la réathlétisation
  • L’effet “sportif/moteur” : lié à l’apprentissage

L’effet psychologique

À la suite d’une blessure, le mental peut être autant affecté que le physique. L’imagerie apporte des effets positifs sur le mental du blessé, liés à différents facteurs :

  • Les facteurs liés à la blessure : l’imagerie motrice permet de travailler sur la réduction de l’anxiété.
  • Les facteurs liés à l’affectivité : l’imagerie mentale permet de se mettre dans un état positif pour la récupération.
  • Les facteurs liés au programme de réhabilitation fonctionnelle : l’imagerie mentale permet de se tourner vers les objectifs et de se projeter vers la réussite.
  • Les facteurs liés au retour à la pratique : l’imagerie mentale prépare la reprise du sport ou de la motricité et permet de ne pas appréhender de se blesser à nouveau.

L’imagerie mentale permet également de travailler sur la réduction – ou du moins la gestion – de la douleur.

Rappelez-vous, lorsque vous étiez enfant et que le médecin vous distrayait avant une piqûre ? L’imagerie motrice fonctionne en quelque sorte de la même manière. Il s’agit alors de créer des “scénarii” mentaux dans lesquels l’on va se plonger complètement pour se distraire de la douleur.

Vous l’aurez compris, c’est en réalité très proche de l’hypnose, qui peut être utilisée avec beaucoup de réussite dans cet objectif ! Voici un exemple possible : http://www.rime44.com/wp-content/uploads/2012/06/Scripte-Auto-hypnose-La-Rochelle.pdf

La visualisation est utilisée pour aider les sportifs blessés, mais également dans l’accompagnement de cancers, de la fibromyalgie, des migraines ou encore des douleurs chroniques.

La douleur est en effet un élément subjectif qui n’est pas perçu de la même manière par tous les individus. Des scientifiques ont ainsi étudié comment la réaction à une douleur différait entre les personnes sensibles à la douleur et d’autres moins sensibles. Ils ont découvert par le biais d’une IRM que le cerveau des individus sensibles à la douleur s’activent davantage que ceux des sujets moins sensibles pour une même douleur “objective” (exemple : pincer la peau des cobayes avec la même force).

Nous ne sommes donc pas tous égaux devant la douleur. Cependant, la bonne nouvelle est que nous pouvons utiliser l’imagerie mentale pour améliorer notre tolérance, ou apprendre à mieux gérer la douleur !

Pour que l’imagerie mentale soit efficace, il est nécessaire de prendre en compte plusieurs éléments. Tout d’abord, l’objectif n’est pas de supprimer la douleur, mais de la rendre plus tolérable et de se distraire. Il est ensuite important de personnaliser l’expérience en fonction de l’individu. Vous constaterez à nouveau ici en quoi l’hypnose (mais également la sophrologie ou la méditation) trouve toute sa place pour apprendre à gérer de la douleur ! Il est intéressant de tester différents scripts pour trouver celui qui résonne le plus pour la personne concernée et produit les meilleurs résultats (le “gant anesthétique” est par exemple régulièrement utilisé par les hypnothérapeutes, mais il en existe de nombreux ! Par exemple : https://youtu.be/pk2pj25k0BA). Que ce soit en auto-coaching ou avec un accompagnement, il est important d’évaluer le résultat des séances d’imagerie pour améliorer les scripts utilisés en les adaptant à chacun ou en les diversifiant. Par exemple, un individu A sera apaisé en imaginant une sensation de fraîcheur, tandis que pour un individu B une sensation de chaleur sera beaucoup plus agréable. Certains associeront la douleur à la couleur rouge, d’autre au bleu, tandis que d’autres encore ne verront aucune couleur.

L’impact de l’imagerie mentale sur la guérison n’est à ce jour pas démontrée. Certains développements scientifiques laissent à penser que l’imagerie mentale pourrait entraîner un effet proche de l’effet placebo. En effet, l’imagerie mentale – a priori cantonnée au système nerveux central en première approche – ne devrait pas avoir d’impact sur la blessure qui concerne le système nerveux périphérique. Néanmoins, et dans l’attente d’éventuelles études plus complètes, il est tout de même bon d’utiliser l’imagerie mentale pour focaliser le patient sur la guérison, afin de l’aider à avoir confiance dans le processus de guérison et à entretenir une attitude positive.

Les effets physiologiques

Les scientifiques ont en revanche démontré que l’imagerie motrice possède de réels effets physiologiques dans le cadre de la rééducation fonctionnelle. L’étude en question portait sur les résultats de l’imagerie motrice sur la contraction volontaire maximale en musculation. Pour faire simple, les muscles qui sont le plus représentés au niveau cortical (c’est à dire dans le cerveau) se sont renforcés lors de l’étude, et ce sans contractions réelles – c’est à dire grâce à un travail de visualisation uniquement. Malheureusement, ces muscles particulièrement représentés dans notre cerveau sont seulement des petits muscles, que l’on retrouve particulièrement au niveau des mains et des pieds.

Le saviez-vous ? Notre cerveau a mis en place un véritable “codage” de notre corps. C’est ce que l’on appelle l’homonculus. Vous seriez surpris.e de constater que cet homonculus est difforme, car toutes les zones de notre corps ne sont pas codées de la même manière ! En effet, certaines zones (les mains, les pieds, la bouche…) disposent d’une sensibilité plus fine, que l’on retrouve dans le codage réalisé par le cortex cérébral : plus une zone est sensible, plus elle est représentée dans le cerveau ! C’est pourquoi le travail par imagerie mentale est plus efficace pour ces zones.

Par exemple, effectuer uniquement du développé-couché “mental”ne vous procura pas de gain de force : il vous faudra bien pour cela soulever des altères !

Les scientifiques expliquent que le gain de force apporté par l’imagerie motrice devient possible grâce à la réorganisation corticale – les mouvements maîtrisés sont implantés plus profondément dans le cerveau, ce qui procure une meilleure maîtrise pour une dépense énergétique plus faible. Lorsque vous détenez une certaine expertise dans une tâche, le cerveau active des zones plus précises lorsque vous effectuez la tâche en question. Cela provoque une diminution de l’énergie nécessaire pour réaliser l’action car le cerveau est mieux utilisé – moins d’aires activées – ce qui accroît également la maîtrise du mouvement.

Ces résultats peuvent ainsi être reproduits dans le domaine de la récupération fonctionnelle. Avec un membre inactif, le muscle associé à ce membre perd en force dû au manque d’activité. Il ne sera plus question ici d’augmenter la force du muscle, mais de limiter la perte de celle-ci afin de pouvoir revenir plus facilement – et rapidement – au même niveau post blessure.

Pour vérifier cette hypothèse, des chercheurs (Lebon et al, 2012) se sont intéressés aux effets de l’imagerie motrice dans la limitation de la perte de force. L’étude portait sur des sujets souffrant d’une déchirure des ligaments croisés. Les scientifiques ont divisé les sujets en deux groupes.

Un premier groupe (le groupe contrôle) recevait un traitement classique avec une équipe médicale. Le second groupe (le groupe expérimental) obtenait le traitement classique ainsi qu’une approche par l’imagerie motrice sur les contractions musculaires.

On a alors remarqué très clairement que le groupe expérimental avait une activité électromyographique – correspondant au courant électrique dans le système nerveux périphérique – supérieure au groupe contrôle lorsque l’on testait des mouvements simples. En d’autres termes, le groupe expérimental a perdu moins de force durant sa blessure. 

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Il est également possible de limiter la perte d’amplitude articulaire grâce à l’imagerie motrice. Les chercheurs Guillot et al (2009) l’ont démontré grâce à leur expérience sur des personnes aux mains brûlés. Cette expérience consistait à intégrer des séances d’imagerie motrice dans les séquences de rééducation classique. Les résultats ont ainsi montré que le groupe expérimental avait gagné davantage en amplitude que le groupe qui suivait simplement la rééducation classique. Cet effet apparaît dès le court terme (quelques jours).

Les effets “sportifs/moteurs”

Lors de la récupération, on utilise l’imagerie motrice pour effectuer des gestes simples qui permettent de travailler un seul muscle. Dans l’exemple de la blessure du coude, l’image motrice d’une flexion du coude ne représente pas la complexité des mouvements possibles. Il est alors nécessaire d’enrichir l’image mentale en lui ajoutant de nouveaux gestes afin de représenter au mieux la complexité du mouvement. Par exemple, l’image de la flexion peut se combiner à un geste mental de rotation de l’avant-bras.

Dans le cas d’une pratique sportive, les effets “sportifs/moteurs” vont permettre d’associer les effets physiologiques – limitation de perte de force et d’amplitude articulaire – entre eux. Par exemple, imaginons que notre sportif blessé est tennisman et qu’il souffre d’une tendinite. Roland Garros approchant, il souhaite limiter les conséquences de sa blessure. Pour cela, l’image motrice qu’il doit construire devra être relativement complexe, pour être fidèle à sa pratique sportive. Ayant eu plusieurs lésions par le passé, il a l’habitude de cet exercice. Il imagine donc un beau coup droit qui permet d’apprécier l’extension complète de son bras et la force de la rotation. Néanmoins, il faut faire attention de respecter quelques points clés, pour ne pas créer une image motrice inefficace. On veillera particulièrement à :

  • Respecter les exigences spatio-temporelles du mouvement.
  • Individualiser les exercices et le travail d’imagerie pour l’optimiser.
  • Ne pas multiplier le nombre d’essais successifs afin de ne pas engendrer de fatigue mentale trop importante.
  • Construire des exercices réellement pertinents pour la récupération, en fonction de la pratique et des objectifs de la personne concernée, et adapter/modifier les exercices au besoin.

Notre sportif peut également profiter de sa blessure pour continuer son entraînement tactique et technique, et travailler pourquoi pas l’image de soi.

La thérapie miroir

L'imagerie motrice dans la récupération fonctionnelle

(Crédit photo : https://therapiemiroir.com/fiche-pratique-tm-1-installation-du-patient/)

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Pour terminer notre tour d’horizon de l’utilisation de l’imagerie motrice dans la récupération fonctionnelle, je vous propose de découvrir une dernière technique qu’il est intéressant de combiner avec l’imagerie mentale.

La thérapie miroir consiste à utiliser un miroir pour se donner l’illusion que le membre blessé ou manquant fonctionne correctement.

Pour cela, il est nécessaire de placer le miroir de sorte que l’on confonde par exemple le reflet du bras valide avec et le bras non valide. Prenons un individu qui s’est cassé le poignet. Il place le miroir correctement et effectue des mouvements avec son poignet valide. Le miroir va refléter le geste de sorte à remplacer la vision du membre immobile. Cela donne l’illusiony compris à son cerveau – que le poignet invalide bouge correctement alors que ce n’est que le reflet du poignet sain. Effectuer cette opération permet d’obtenir un retour visuel qui pourra atténuer la douleur dans le cas d’un membre fantôme ou faciliter la création d’une image mentale du poignet blessé.

Ce qu’il faut retenir de l’imagerie motrice dans la récupération fonctionnelle :

  • L’imagerie motrice possèdent trois effets principaux qui facilitent la récupération fonctionnelle : l’effet psychologique, l’effet physiologique et l’effet “sportif/moteur”.
  • Les bénéfices sont nombreux : réduction de la douleur, gain d’amplitude, limitation de la perte de force et activation musculaire.
  • La thérapie miroir se combine de manière intéressante avec l’imagerie motrice. Elle permet d’augmenter les bénéfices d’une image mentale.

SOURCES :

  • Formation “Neurosciences pour l’accompagnement”, Arche, module “imagerie Motrice” présentée par Aymeric Guillot (Docteur en sciences et techniques des activités physiques et sportives et professeur des université).
  • Lebon F, Guillot A, Collet C (2012) Increased muscle activation following motor imagery during the rehabilitation of the anterior cruciate ligament. Appl Psychophysiol Biofeedback 37:45–51. doi: 10.1007/s10484-011-9175-9
  • A. Guillot, PhD F. Lebon M. Vernay, MD J. P. Girbon, MD J. Doyon, PhD C. Collet, PhD Journal of Burn Care & Research, Volume 30, Issue 4, July-August 2009, Pages686–693, https://doi.org/10.1097/BCR.0b013e3181ac0003
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